Effacer les souvenirs traumatiques, la pilule de l'oubli bientôt une réalité ? | Geek Café
Dimanche 19 février

Effacer les souvenirs traumatiques, la pilule de l’oubli bientôt une réalité ?

Eternal sunshine of the spotless mind… nous n’en sommes peut-être pas loin. Au fur et à mesure que les mécanismes d’inscription et de restitution des souvenirs dans la mémoire sont élucidés par les scientifiques, des moyens de les manipuler font aussi leur apparition.

Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT)  est une réaction psychologique consécutive à une situation durant laquelle l’intégrité physique et/ou psychologique de soi ou d’autrui a été menacé (accident grave, mort violente, viol…). La mémoire obsédante de la scène se traduit par une peur intense, par un sentiment d’impuissance ou par un sentiment d’horreur qui ressurgit après l’évènement.

Une des solutions proposées pour mettre fin à ce mal difficilement traitable serait de tout simplement supprimer la mémoire de l’évènement. Reste à savoir comment.

Comment marche la mémoire ?

Vaste question qui nous a tous déjà traversé l’esprit, les mécanismes de la mémoire sont étudiés par les neurobiologistes et voici les très grandes lignes de ce que l’on en sait.

Tout commence par un évènement, une perception comme on en a des milliards tous les jours. Le fait de vous souvenir durablement d’un moment va changer la manière dont les neurones dans votre cerveau sont connectés les uns aux autres.

En lisant cette phrase, par exemple, le vaste réseau que constitue tous vos neurones interconnectés se modifie un petit peu, certains liens se renforcent, d’autres faiblissent, laissant un empreinte spécifique dans votre cerveau.

Le renforcement de la connexion entre les neurones n’est pas une image, c’est un véritable procédé chimique, appelé potentialisation à long terme. Pour qu’un souvenir existe il faut que le réseau de neurones associés soit bien connecté, c’est à dire que si un des neurones « s’allume », le reste du réseau le suive.

Ce renforcement des connexions entre les neurones, dans les synapses, nécessite des changements complexes à beaucoup de niveaux dans les neurones impliqués. Certains gènes sont activés entraînant la synthèse de protéines facilitant le passage de l’information d’un neurone à l’autre, notamment en créant plus de récepteurs aux neurotransmetteurs du côté de la cellule réceptrice.

Dans les grandes lignes quand un réseau est bien fort et s’active facilement, on se souvient bien d’un évènement ou d’une information.

Seulement voila quand un réseau n’est pas stimulé souvent, la force des connexions synaptiques diminue petit à petit, ce qui est est la base de l’oubli.

Le mécanisme de la mémoire est subtil, mais il est aussi imparfait. Se remémorer un évènement va entraîner le re-allumage du circuit de neurones qui y est associé. Mais les liaisons du souvenir seront renforcées en prenant en compte en même temps les perceptions et l’état d’esprit du moment où vous vous remémorez ce souvenir… les connexions ne se feront donc pas exactement de la même manière. Le fait même de se souvenir contribue en fait à modifier et déformer le souvenir.

Alors, comment effacer un souvenir ?

La nature active du souvenir, opposée une consultation passive de la mémoire a découlé des expériences du jeune neurobiologiste, Karim Nader et de Joseph LeDoux à l’université de New-York à la fin des années 90.

Des rats ont été entraînés à associer un son à une douleur physique, dans ce cas un petit choc électrique inoffensif mais douloureux à une patte. Après quelques semaines à renforcer l’association du bruit qui entraîne la douleur, dès la diffusion du bruit, l’ensemble des rats se figeaient en attente du choc.

Karim Nader avait fait l’hypothèse que si le fait de graver un souvenir dans le cerveau était un phénomène actif qui nécessitait la création de protéines, alors faire appel à un souvenir devait de la même manière nécessiter cette création de protéines.

Les rats entraînés ont donc été injecté avec une substance bloquant la synthèse des protéines juste avant la diffusion du son et surprise… plus aucune peur… mais la plus grosse surprise c’est que même après la disparition des effets de la substance, le souvenir, lui, ne revenait pas.

L’hypothèse qui a découlé de cette expérience est donc que lorsque que l’on se souvient d’un évènement, le réseau correspondant au souvenir n’est pas simplement activé, il est en fait réécrit. Et si l’on parvient à bloquer l’écriture au moment où on y  fait appel, il disparaît purement et simplement.

wired.com

J’ai plein de souvenirs à balancer, où est-ce que je signe ?

Patience, l’expérience de Nader a été faite en injectant une molécule bloquant l’ensemble de la production de protéines dans une région du cerveau, quelque chose qui ne parait pas forcement souhaitable et sûr à grande échelle et surtout en cachets :)

Pour que des méthodes similaires soient développées sur les humains, il faut pouvoir bloquer de manière plus précise et spécifique le mécanisme même de réécriture du souvenir. Et des molécules candidates existent déjà, notamment la PKMzeta découverte par Todd Sacktor.

Cette enzyme, qui permet de maintenir ouverts des canaux ioniques dans les synapses, joue un rôle clé dans le maintient de la potentialisation à long terme et, en la bloquant et en vous demandant de vous souvenir de cet article, vous devriez en perdre tout souvenir.

En attendant que cette molécule apparaisse sur le marché, il est important de comprendre que la mémoire n’est pas parfaite, nous la manipulons déjà énormément nous même, sans le vouloir. En effet, si le simple fait de se souvenir d’un évènement nécéssite sa réinscription dans le cerveau, ce souvenir est mêlé directement avec les informations reçues à l’instant présent.

Les souvenirs se déforment donc au fur et à mesure que l’on s’en rappelle, c’est une des explications des bienfaits de la psychothérapie, revivre ses souvenirs douloureux dans un environnement rassurant et encadré par un professionnel permet de modifier le souvenir petit à petit et de le dédramatiser car il aura été mêlé à des sensations positives.

Des résultats impressionnants ont d’ailleurs été obtenus en 2010 en réalisant des séances de psychothérapie en administrant de la MDMA (ecstasy) à des patients souffrant de stress post-traumatique. La drogue provoquant des flux d’émotions positives dans le cerveau, se mêle aux souvenirs douloureux et le nouveau souvenir ainsi imprimé est dédramatisé. Les chercheurs affirment que dans cette étude 83% des personnes traitées ont connu une amélioration drastique de leur condition sur le long terme.

Effacer ? Améliorer ? Ethiquement la question se pose de toutes façons quand on envisage les dérives qui peuvent découler de telles avancées scientifiques. Dictateurs faisant oublier leurs génocides, vie faussement heureuse avec Soma 3 fois par jour, bienvenue dans Le meilleur des mondes :)

Cet article est largement inspiré de celui de Jonah Lehrer sur Wired.com

Créateur de Geek Café. Thésard flemmard spécialisé en procrastination, j’aime la science mais ce n’est pas toujours réciproque

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5 commentaires

  1. Juste pour préciser que la mdma et l’ecstasy, c’est pas tout a fait la même chose (enfin, plus maintenant)… Un ecsta peut contenir de la mdma mais pas tout le temps, la plupart contiennent du speed (amphétamines) ou de la caféine (voir même de la mescaline parfois) .

    Mon commentaire ne fait pas trop avancer l’article mais bon, sa me fait tilter les erreurs au niveau pharmacologie… désolé :3

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  2. Hypothétiquement ( ne parlons pas de moi, pas de graisse , ni intéressés à prendre des stéroïdes ) Qu’arriverait-il si une personne qui était en surpoids a pris des stéroïdes anabolisants ? Aurait-il perdre de la graisse et gagner du muscle , ou tout simplement gagner du muscle sous la graisse ? Être hypothétique , vraiment pas intéressés à entendre parler des dangers des stéroïdes . Merci .. assumer le gars travaille de façon très régulière.

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