Un ordinateur schizophrène ! | Geek Café
mardi 10 janvier

Intelligence artificielle : des chercheurs ont créé un ordinateur schizophrène !

Après une légère modification de son système d’intelligence artificielle, un ordinateur présente des symptômes proches de la schizophrénie et s’accuse notamment d’être le responsable d’attentats à la bombe !

 

HAL 9000

 

« Je sais que Frank et toi avez l’intention de me déconnecter. C’est quelque chose que je ne peux vous laisser faire. » Cette célèbre citation de HAL 9000, l’ordinateur conscient hors de contrôle dans « 2001, l’Odyssée de l’espace » vient de faire un pas de la fiction vers la réalité. Heureusement, la lutte contre la schizophrénie aussi.

Dans le vaste monde de l’intelligence artificielle, il est un domaine de recherche connu sous le doux nom de « réseaux neuronaux » ou réseaux de neurones artificiels. Cette science se base sur un mimétisme avec le fonctionnement du cerveau les informations étant traitées par une succession d’étapes logiques qui permettent l’intégration simultanée d’un grand nombre de paramètres d’entrée à la manière d’un réseau de neurones inter-connectés. Ces circuits simulés par ordinateur possèdent des propriétés très utiles à l’intelligence artificielle et permettent de traiter des flux d’information selon une logique rationnelle tout en permettant un algorithme d’apprentissage (machine learning). Tout les détails sur le très bon article Wikipédia consacré au sujet.

Ces réseaux neuronaux sont donc utiles dans le monde de la robotique mais également pour la recherche sur les maladies neurologiques. Les chercheurs essayent généralement de modéliser par ordinateur les anomalies dans les transmissions d’informations entre neurones en espérant recréer les symptômes d’une maladie virtuellement pour mieux la comprendre et la soigner dans la vraie vie.

Des chercheurs de l’Université du Texas et de Yale ont donc réussi, en simulant dans un « cerveau virtuel » une production trop élevée de dopamine (un neurotransmetteur, c’est à dire une substance qui transmet l’information d’un neurone à un autre) à obtenir du réseau un comportement très proche de la schizophrénie, notamment en ce qui concerne les appels à la mémoire.

« L’hypothèse est que la quantité de dopamine représente l’importance et la persistance dans la mémoire d’une expérience vécue » explique Uli Grasemann impliqué sur le projet au Department of Computer Science de l’University du Texas à Austin. « Quand il y a trop de dopamine, cela conduit à attacher une trop grande importance aux événements, et le cerveau commence à apprendre des choses qu’il ne devrait pas retenir en temps normal.»

Ces résultats semblent confirmer une hypothèse selon laquelle les schizophrènes ont perdu la capacité d’oublier ou d’ignorer les choses comme ils le feraient normalement. Comme ils ne peuvent plus oublier ils perdent la capacité d’extraire les informations utiles parmi la masse énorme de stimuli que le cerveau reçoit en permanence. Pour vous donner une idée vous avez probablement lu cet article sans avoir la moindre idée de l’adresse URL exacte pourtant écrite sur votre écran, cela parait trivial mais correspond en fait à un traitement pointu de l’information par votre cerveau.

 

Drap tissé par une patiente schizophrène (Wikipédia)

 

Pour accentuer encore le côté « 2001, l’Odyssée de l’espace » de ces recherches le réseau neuronal utilisé, créé par Risto Miikkulainen et appelé DISCERN, fonctionne en analysant des données de langage naturel (natural language processing) c’est à dire qu’il analyse les phrases qu’on lui propose, en extrait le sens (la sémantique) et génère une réponse, elle aussi sous la forme d’une phrase à consonance humaine.

L’expérience menée par les chercheurs à donc été la suivante. Ils ont proposé à DISCERN des phrases puis ont ils ont demandé à Ralph Hoffman professeur de psychiatrie à l’école de médecine de Yale de comparer les résultats à ses connaissances sur les patients atteint de schizophrénie afin de modéliser au mieux la réalité.

Après plusieurs réglages et déréglages successifs de la capacité à oublier du système, DISCERN a commencé à se décrire lui même comme étant au centre d’histoires illusoires qui intégraient aléatoirement des éléments d’autres histoires non liées apprises plus tôt. Dans une réponse par exemple, DISCERN avoue être le responsable d’une attaque terroriste !

Dans une autre réponse DISCERN montre des signes de « déraillement » quand il doit récupérer une information spécifique dans sa mémoire se manifestant par des phrases dépourvues de sens, des digressions soudaines et un mélange permanent entre « Je » et « Il ». Des signes caractéristiques de certains patients schizophrènes.

Bien que ces similitudes ne soient pas une preuve formelle que l’hypothèse de l’incapacité à oublier soit vraie, ces expériences restent d’après Grasemann un moyen très intéressant de comprendre le cerveau humain et de soigner à terme, certaines maladies graves. (ou d’éradiquer l’humanité à la mode Terminator ? :) )

Pour plus d’informations, cette recherche a été publiée dans l’édition d’avril du journal scientifique Biological Psychatry sous le titre « Using computational patients to evaluate illness mechanisms in schizophrenia »

Créateur de Geek Café. Thésard flemmard spécialisé en procrastination, j’aime la science mais ce n’est pas toujours réciproque

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3 commentaires

  1. Euh oui alors même si cela sera sans doute d’une grande utilité à la médecine, moi un ordinateur schizophrène ça me fait revivre tous les scénarios de science fiction et c’est pas très rassurant pour le futur …

    Oui je suis sans doute un peu paranoïaque, mais quoi de plus normal puisque je ne suis pas un ordinateur !

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