T'as pris des champignons hallucinogènes ? Oui maman, mais c'est pour la science ! | Geek Café
mardi 24 janvier

T’as pris des champignons hallucinogènes ?? Oui maman, mais c’était pour la science !

Mère : Mais tu es défoncé mon fils !
Fils : Maman, excuse moi de faire avancer la science…
Mère : Et en plus tu te fous de moi ?

Mais mon madame ! Vous n’avez pas entendu parler de l’étude qui sort cette semaine dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS pour les intimes) ? 30 « heureux » cobayes se sont fait injecté de la psilocybin, la substance active des « champignons magiques » pour en étudier les effets sur le cerveau par IRMf (Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle)

La psilocybin diminue l'afflux sanguin dans les zones bleues... soit plusieurs des centres de communication du cerveau ( R. L. Carhart-Harris et al., PNAS Early Edition (2012) via Science Now)

Yo man, j’en ai pris, j’ai tout compris

La substance active des champignons hallucinogènes, la psilocybin a tout un tas d’effets sur le cerveau. Modification de la perception du temps et de l’espace, de la perception de soi, de la logique… bref tout.

Une des hypothèses pour cette myriade d’effets a souvent été que la molécule sur-activait certaines zones du cerveau, et on pouvait donc penser que l’on comprenait « mieux »… c’est peut-être pour ça que de nombreuses cérémonies traditionnelles se basent sur l’ingestion de cette substance.

Oui ? Bah non en fait, d’après cette étude il semble que ce soit juste exactement l’inverse ! Certaines parties névralgiques du cerveau sont beaucoup moins actives que pour les sujets ayant pris le placebo. Ces zones correspondent notamment à des noeuds de communication entre les différentes zones fonctionnelles du cerveau.

Wouaw j’hallucine, j’ai l’impression d’être dans un gros tunnel en métal

Une machine à IRMf (photo CNRS)

Oui parce que bien sur pour une étude comme cela, une fois injectés, les cobayes en plein milieu de leur trip sont mis dans une IRMf, et c’est pas franchement rassurant… en plus d’être coincé, le bruit est limite insoutenable, le tout en plein délire psychédélique, bad trip garanti.

Les patients ont donc été sélectionnés sur des critères comme d’être des habitués des trips fongiques… j’imagine bien la petite annonce :)

A quoi ça sert ?

D’abord les résultats un peu plus précis. Il semblerait donc que la psilocybin soit responsable de la déconnexion de certaines parties du cerveau les unes des autres. Ces zones incluent notamment le Cortex cingulaire postérieur et le Cortex préfrontal.

Ces deux entités font partie de ce qu’on appelle le « réseau en mode par défaut » du cerveau, un circuit reliant plusieurs parties du cerveau et qui s’active quand on laisse son esprit divaguer…

En déconnectant ces deux zones la substance empêche donc ce cheminement. Or le réseau par défaut du cerveau est suspecté d’être à l’origine de la faculté d’introspection et de la conscience d’être. D’après David Nutt co-auteur de l’étude :

Ce qu’il se passe c’est que ce réseau dans le cerveau qui met en place une conscience de soi devient moins actif, d’où cette impression fragmentée et dissipée d’être.

Cette étude va servir au final à mieux comprendre comment des substances comme celle-ci peuvent aider dans les cas d’anxiété des patients en phase terminale de cancer par exemple, ou pour soigner la dépression.  Dans le British Journal of Psychiatry, Nutt et ses collaborateurs indiquent également que la psilocybin facilite l’accès aux souvenirs personnels, ce qui pourrait être utile en psychothérapie notamment.

Alors, c’est quand la saison des champignons ? :)

[Science Now] [PNAS 2012]

Créateur de Geek Café. Thésard flemmard spécialisé en procrastination, j’aime la science mais ce n’est pas toujours réciproque

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